Une mise à l’Aicar de l’EPO ?

Tyson Gay et Asafa Powell pris la main dans le sac ! Mais à l’insu de leur plein gré bien évidemment… Voilà comment s’est terminé ce dimanche 14 juillet 2013, des informations qui ont fait l’effet d’une bombe dans le monde du sport alors même que beaucoup de questions se posaient sur la performance de Christopher Froome après sa victoire en haut du Ventoux quelques minutes auparavant…

Ces derniers mois, en matière de dopage, de grands noms sont tombés (outres ces athlètes, nous pouvons citer les cyclistes Armstrong ou Jalabert en passant par les révélations d’Ullrich) et concernent souvent les mêmes disciplines (cyclisme et athlétisme). Pour autant doit-on y voir forcément un dopage plus répandu que dans d’autres sports ou au contraire la preuve que la lutte anti-dopage y est réelle et performante ?
Avec l’arrivée d’un nouveau produit indétectable sur le marché, l’Aicar, doit-on penser que les industries pharmaceutiques, les médecins, les sportifs et tout ce milieu auront toujours une longueur d’avance ?

Un petit point historique rapide s’impose pour rappeler que le dopage ne date pas d’aujourd’hui ou de ces dernières années comme certains journalistes semblent le croire…
Le dopage existe depuis toujours ! Dès les premières compétitions sportives les sportifs ont eu recours à l’alcool, par exemple, pour tenir le coup. Puis très rapidement, ils vont utiliser des amphétamines, des pilules, des piqûres, des hormones et autres produits et des champions comme Coppi ou Anquetil vont le reconnaître.
Mais le dopage va se professionnaliser et se généraliser vers la fin des années 50, en voici les grandes lignes avec les produits « stars » par décennie :

– Années 60 : Les amphétamines –> La mort du cycliste Tom Simpson, dans le Mont Ventoux, fut le détonateur. Le CIO lance la lutte antidopage à la fin des années 60, mais l’efficacité de cette lutte est restreinte puisque peu de produits sont décelables et seulement à des doses élevées. Par conséquent les sportifs n’hésitaient pas à utiliser des stéroïdes anabolisants ou corticoïdes et cela sans aucun contrôle !
Finalement, en 1974, les substances apparentées aux amphétamines sont enfin décelables et l’élite sportive doit trouver d’autres produits dopants.

– Années 70 : Les anabolisants –> Ils existaient déjà dans les années 60 mais sont interdits par l’IAAF aux Jeux de Munich en 1972. Un an plus tard, les recherches permettent de déceler les anabolisants et en 1976 les premiers contrôles sont effectués à Montréal. Toute cette lutte, associée aux avancées technologiques, complique la vie des utilisateurs. Ces tricheurs vont à nouveau devoir trouver de nouveaux produits pour garder une longueur d’avance, surtout que les contrôles inopinés ont pris place grâce à l’IAAF et ce sont étendus aux autres disciplines. De plus, la détection des stéroïdes peut se faire jusqu’à 8 mois après leur prise…
A noter qu’en 1997, les stéroïdes ont été retirés du marché par de nombreux laboratoires.

– Années 80 : La testostérone –> Face au danger des stéroïdes anabolisants, les sportifs vont se tourner vers des substances hormonales naturelles produisant les mêmes effets, comme la testostérone.

– Années 90 : L’EPO (érythropoïétine) –> Bien qu’interdite par le CIO dès 1990, cette molécule qui favorise la fabrication de globules rouges et permet donc de gagner en puissance, en endurance et de récupérer plus vite fera fureur. L’affaire Festina ou plus récemment le cas Jalabert montrent que tout le monde a eu recours à ce produit (sous ses différentes générations) ces 15 dernières années !

– Années 2000 : Les transfusions sanguines –> Pas besoin de vous faire un dessin, l’affaire Armstrong en parle suffisamment bien. La victoire de Lance Armstrong dans le Tour de France 1999 a été acquise « avec un usage d’EPO tous les trois ou quatre jours », selon Tyler Hamilton. Mais en 2000, la rumeur court qu’un nouveau test EPO sera bientôt mis en place. L’équipe décide donc d’adopter un programme de dopage sanguin pour ses trois grimpeurs, Lance Armstrong, Tyler Hamilton et Kevin Livingston. Après la 11e étape du Tour, au soir du jeudi 11 juillet 2000, à l’hôtel l’Esplan de Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), les trois coureurs sont transfusés. « Le processus a duré moins de trente minutes, explique Hamilton. On était dans une chambre avec Kevin et Lance dans la chambre d’à côté qui communiquait avec la nôtre par une porte. Pendant la transfusion, on le voyait. Le docteur Del Moral faisait des allers-retours pour vérifier l’avancement de la réinjection. Chaque poche de sang était accrochée au crochet d’un cadre ou collée sur le mur, on était allongés sur le lit et on tremblait pendant que le sang froid « réentrait » dans nos corps. On plaisantait à propos du corps qui absorberait le sang le plus vite. » Le 12 juillet, c’était jour de repos sur le Tour, et le 13 l’étape du Mont Ventoux qu’Armstrong allait écraser en laissant la victoire à Marco Pantani (source L’Equipe).

« Armstrong ? Presque un petit joueur à côté du roi Miguel »

On pourrait donc croire que Lance Armstrong est le cas le plus extrême, mais à en croire Antoine Vayer (ancien préparateur de l’équipe Festina) il est « presque un petit joueur à côté du roi Miguel » (Miguel Indurain – 5 fois vainqueur du TDF). Pour cela, Vayer s’appuie sur des données très précises en passant au crible les performances du peloton. Dans son livre La Preuve par 21, il a compilé pour la première fois les performances des vainqueurs du Tour depuis 1983 en calculant les puissances développées par les coureurs et ce notamment dans les grands cols du Tour de France.
Pour faire simple jusqu’à 410 watts, les coureurs sont dans le vert et ont des performances « humaines », au-delà de 410 watts c’est « suspect », à 430 watts « miraculeux » et à 450 watts et plus c’est digne d’un « mutant ».
Hormis Greg Lemond, il semblerait que tous soit dans le rouge d’après lui : « Un seul coureur semble avoir toujours eu des performances « humaines », Greg LeMond. Il remporte son premier Tour avec une moyenne de 381 watts en 1986, puis 408 watts en 1989, et 407 watts en 1990. Il reste dans le vert. Tous les autres vainqueurs sont « flashés » à un moment ou à un autre de leur carrière au-delà de 410 watts » !
« Indurain monte jusqu’à 455 watts de moyenne dans l’édition 1995 ! Bjarne Riis, Marco Pantani, Jan Ullrich et même Alberto Contador, avec 439 watts en 2009, fait mieux qu’Armstrong. L’américain a régné sur sept Tours entre 1999 et 2005 en générant « seulement » entre 428 et 438 watts de moyenne ». Le « Tour du renouveau » de 1999 pourrait expliquer ce chiffre inférieur aux autres selon Vayer : « Le fait que son règne a débuté après l’affaire Festina en 1998 et la mise en place du test de détection de l’EPO l’ont obligé à faire plus « attention ». Il n’a pas pu prendre de l’EPO à la louche comme ses prédécesseurs et a dû être plus précis, minutieux, réfléchi, organisé, intelligent. »

« Les rongeurs sur lesquels l’Aicar a été testé ont vu la taille de leur foie exploser »

Bref, comme à chaque nouvelles décennie, il semble que tous ces moyens soient dépassés bien que certains sportifs continuent de les utiliser… Ils finiront toujours ou presque par tomber mais c’est une drogue et sont obligés de courir le risque !
Nous sommes en 2013 et le nouveau produit à la mode depuis quelques années est l’Aicar ! Un produit « miracle » qui serait régulièrement utilisé, essentiellement dans les sports d’endurance et ce depuis cinq ans… La petite pilule aurait également fait son entrée dans le milieu du cyclisme. Son atout : être difficilement détectable. Cette pilule « magique » permet de stimuler les fibres musculaires spécifiquement liées aux efforts d’endurance.

Michel Rieu, conseiller scientifique à l’Agence Française de lutte contre le dopage, explique que ce produit « permet de brûler les graisses sans perdre de muscles, et de gagner en endurance sans s’entraîner. Magique » et d’ajouter « Je n’ai aucun moyen de dire qu’il a remplacé l’EPO comme produit à la mode. Mais si vraiment c’est le cas, c’est fou ! C’est fou parce que c’est un produit qui n’est pas un médicament mais qui est utilisé pour des expérimentations. Les rongeurs sur lesquels l’Aicar a été testé ont vu la taille de leur foie exploser ».

« Christopher Froome a presque développé une puissance de mutant à Ax 3 Domaines »

Voilà qui pourrait peut-être expliquer les nombreuses questions que nombre d’entre-nous se pose au lendemain de la démonstration réalisée par un certain Christopher Froome dans les pentes du Mont Ventoux ! Il est triste de toujours émettre des suspicions, des doutes dès lors qu’un coureur réalise une grosse performance. Après tout, celui-ci est peut-être le plus doué de sa génération ? Mais comment ne pas se poser de questions au sujet du physique et des performances qu’il réalise ?
Il a plus que lutté avec le meilleur rouleur au monde Tony Martin (double champion du monde de la spécialité) sur un contre-la-montre tout plat, ce qui en fait donc l’un des meilleurs rouleur du peloton et dès que la route s’élève il devient le meilleur grimpeur ! Incroyable, il ne se contente pas de s’accrocher comme Ullrich ou Evans, non c’est lui qui attaque le cul sur sa selle à la « vitesse d’un sprinter » en plein Mont Ventoux ! On croit rêver et les journalistes osent s’extasier (bien qu’un Cédric Vasseur ait lâché « je n’ai jamais vu ça, on est dans le Ventoux tout de même… »).
Mais ce qui choque et interpelle le plus c’est son physique. Grand, maigre, très maigre mais à la fois puissant, léger et véloce. Bref, une machine de guerre programmée pour gagner le Tour de France haut la main faisant passer Alberto Contador et toute la clique pour des enfants de choeur !

La performance de Christopher Froome dans l’ascension vers Ax 3 Domaines a été étudiée par un système de radars mis en place par Antoine Vayer et qui permet de définir le niveau de performance des coureurs en fonction de la puissance développée dans les cols. Il en ressort une puissance de 446 watts développée dans cette dernière ascension ! « A partir de 450, on entre dans la zone rouge, il a donc presque réalisé une performance de mutant. Dans cette catégorie, on a eu Jan Ullrich, Lance Armstrong, Marco Pantani… Son équipier Richie Porte a lui réalisé une performance que l’on qualifie de miraculeuse (entre 430 et 450 watts) et Alejandro Valverde, Bauke Mollema, Laurens ten Dam et Mikel Nieve ont été dans la zone suspecte (entre 410 et 430 watts) » raconte Vayer.
A titre comparatif, voici son exemple qui nous fait bien rire : « Si on souhaitait utiliser une image, c’est comme si un individu lambda roulait à 10 km/h dans une pente à 10%, soit le début de la montée de l’Alpe d’Huez, avec cent kilos de bagages accrochés à son vélo. »

Interview d’Antoine Vayer notamment au sujet des performances des coureurs dans ce Tour, ainsi que de la performance de Froome, lors de son impressionnante montée vers Ax 3 Domaines…

Cependant, chez VDBT nous regrettons que le cyclisme, ainsi que l’athlétisme soient les rares à mener une véritable lutte contre le dopage ! Personne n’ose s’attaquer au business du football ou encore aux robots jouant à la balle jaune ? Par exemple, la demi-finale opposant Nadal à Djokovic à Roland-Garros peut laisser planer de nombreux doutes… Jouer à une telle intensité sur chaque point ou presque (si on excepte le coup de chaud de Nole au troisième set) pendant 4h30 sous une énorme chaleur et sans paraître touché physiquement, ni même essoufflé après un point d’une trentaine d’échanges, c’est bien évidemment très louche !

Malgré tout, vive le sport !

A consulter sur le même thème :
http://www.vudubancdetouche.fr/dossier-dopage/
http://www.vudubancdetouche.fr/interview-de-dorian-martinez-ceo-de-sport-protect-la-protection-antidopage/
http://www.lemonde.fr/sport/article/2013/06/06/antoine-vayer-armstrong-presque-un-petit-joueur-a-cote-du-roi-miguel_3425660_3242.html
http://www.cyclisme-dopage.com/actualite/2010-07-09-liberation.htm
http://www.lemonde.fr/sport/article/2013/07/08/froome-aussi-puissant-qu-armstrong-et-ullrich-en-2003_3444094_3242.html

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