Willy Sagnol balance de l’injustice ?

Nouveau rebondissement dans « l’Affaire Sagnol » ! SOS Racisme vient de porter plainte contre l’entraineur des Girondins de Bordeaux pour « incitation à la discrimination et à la haine raciale » et « injure publique ». Après « Tintin, l’affaire Tournesol » et son pendule, voici « Willy, l’affaire Sagnol » et sa balance de la justice. Sans nous faire l’avocat du diable ou le procureur de l’antiracisme, nous nous sommes interrogés sur la nature même de ses propos : « Dit-il vrai ? », « Les humanistes ne devraient-ils pas s’en saisir pour ouvrir la porte aux vrais débats qui fâchent dans le football ? »… C’est à ces questions au carrefour de ce sport et des maux de notre société que nous allons tenter de répondre.

Tout part d’une interview dans… Sud-Ouest

Avant toute chose, petite séance de rattrapage pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi la polémique depuis ses débuts. Le 3 novembre dernier, Willy Sagnol a donné une interview d’1h15 (https://www.youtube.com/watch?v=wv6JVci1XG4) au journal Sud-Ouest afin de faire un point sur sa prise de fonction et ses débuts au sein du club bordelais. La fameuse phrase polémique est prononcée à la 20e minute, cependant on a souhaité ressortir quatre autres phrases qui l’ont précédée car elles mettent en lumière plus clairement la logique et la sémantique de Willy Sagnol.

Phrase 1 (7′) : Interrogé sur la différence entre les systèmes de jeu adoptés en France et en Allemagne ainsi que les conséquences que cela pourrait avoir sur la mise en place de sa vision du football, il répond :

Parfois je peux être frustré par le manque de prise de risque mais il faut s’adapter à la culture. On ne peut pas dire que ce qui marche à Munich, par exemple, va marcher à Bordeaux, parce qu’il y a une culture en France qui est différente. Il y a des outils que l’on peut ramener en terme d’identification au club, de discipline, de respect du travail, etc. Après il y a une donnée culturelle, on ne peut pas passer outre ça.

Premier constat, il effectue une première généralité en mettant les clubs français dans un sac et les allemands dans un autre, sans distinction aucune (les clubs français jouent petit bras, les clubs allemands pas). Par ailleurs il englobe tous ces coachs sous le mot « culture », faisant fi de leurs différences (nationalité, origines, philosophies de jeu, etc.). Pourtant tout le monde dira qu’à l’échelle du championnat il a raison, acceptant ainsi de nier les différences manifestes entre certains clubs.

Phrase 2 (8′) : Rebondissant sur cette réponse, le journaliste l’interroge alors sur le fait qu’il a tout de même importé son jeu direct d’Allemagne, ce à quoi il rétorque :

C‘est le moyen le plus simple d’aller vers l’avant, après il faut avoir les joueurs pour. » [silence] « Par exemple quand on a Thomas Touré c’est plus facile d’avoir un jeu direct parce que c’est un joueur qui prend beaucoup la profondeur, qui fait mal aux défenses par ses courses et ses déplacements et on peut l’utiliser. Si on n’a pas ce genre de profil c’est plus difficile.

Tiens donc, après la précédente généralité, voilà qu’il crée une case pour un premier profil de joueur (exemple à l’appui), le joueur dit rapide.

Phrase 3 (13′) : Concernant le recrutement de joueurs de complément au mercato d’hiver, il déclare :

Un technicien voudrait toujours avoir plus de joueurs à sa disposition, d’autres qualités à sa disposition, d’autres profils à sa disposition, mais aujourd’hui il y a des impératifs économiques qui font que ce n’est pas possible.

Une nouvelle fois le terme de « profil » sort de sa bouche, laissant à penser qu’avant de cibler un joueur spécifique, sa réflexion (et c’est logique) part toujours d’une analyse plus globale.

Phrase 4 (16′) : Pour ce qui est de sa prédisposition à donner du temps de jeu aux jeunes joueurs de part son passé à la tête de la sélection Espoirs, il nous gratifie d’un :

L’avantage d’un jeune joueur c’est qu’il est beaucoup plus malléable qu’un joueur déjà expérimenté, il a moins de vécu, moins d’expérience, donc moins de préjugés sur certaines choses, donc oui des Thomas Touré, des Younès Kaabouni c’est relativement facile de travailler avec eux.

A nouveau il crée une case, cette fois la case du joueur dit jeunes, avec justesse et à propos (même si tous ne sont pas malléables), confirmant sa façon de penser et que l’on pourrait résumer comme suit : « J’énonce le cas général puis le transpose au sein de mon club à travers un exemple précis. »

Ayant compris sa façon de raisonner et de s’exprimer, attardons-nous à présent sur ladite phrase, celle qui lui a valu ce lynchage médiatique. Suite à des questions sur la gestion de ses nombreux blessés, une personne de l’assistance rebondit là-dessus pour l’interroger sur la prochaine CAN et les problèmes d’effectif que cela engendrera, voici sa réponse : « On gère de match en match, on évalue les états de fraicheur […] Oui c’est une problématique [Hésitation], ce qui est sûr c’est que tant que je resterai entraineur du club, il y aura beaucoup moins de joueurs africains qui rejoindront les rangs des Girondins de Bordeaux ; parce que je n’ai pas envie de me retrouver avec 12 joueurs qui une fois tous les deux ans se barrent pendant deux mois. »  A savoir que sur la saison 2013/14, sur 32 joueurs bordelais ayant eu du temps de jeu en L1, 7 étaient des internationaux africains (hors binationaux, qui sont des français formés en France, optant pour leur 2e nationalité après avoir été « recalés » en Equipe De France la majeure partie du temps). Puis Willy Sagnol de préciser, lorsque le journaliste lui fait remarquer que c’est peut-être « Se priver d’un réservoir. Aller chercher des joueurs en Afrique c’est toujours [silence] Bordeaux y a trouvé un réservoir… [silence] » :

L’avantage du joueur, je dirais « typique africain » [il mime les guillemets], c’est qu’il est pas cher quand on le prend, c’est un joueur qui est prêt au combat généralement, qu’on peut qualifier de puissant sur un terrain, mais le foot ce n’est pas que ça. Le foot c’est aussi de la technique, de l’intelligence, de la discipline. [silence] Donc il faut de tout. Il faut des Nordiques aussi, c’est bien les Nordiques [il sourit de ce mot en regardant le journaliste], ils ont une bonne mentalité. C’est un mélange, une équipe de foot, c’est comme la vie, c’est comme la France, c’est un mélange. On a des défenseurs, des attaquants, des milieux, des rapides, des grands, des petits, des techniques. Voilà.

Y avait-il de quoi fouetter un chat ? Non. D’autant plus quand on prête attention à la pseudo-question franchement malhabile du journaliste l’amenant à cette précision. Pour autant, il s’est montré maladroit, on s’en est expliqué sur notre page Facebook, nous n’y reviendrons donc pas ici. Initialement, nous n’avions pas prévu d’aller au-delà de cette explication de texte, sauf que depuis SOS Racisme s’est énervé ! Puisqu’ils contre-attaquent sans autre matière que leur capacité d’indignation, on a décidé de mener notre propre enquête afin de faire la lumière sur les fameux clichés dont seraient injustement affublés les joueurs africains d’après cette association, notamment.

Pour ce faire nous avons décidé de traiter ces stéréotypes un par un (joueur africain moins cher, puis joueur africain moins technique, etc.) en nous appuyant sur deux compétitions : Championnat de France de Ligue 1, saison 2013/2014 (sources : LFP, L’Equipe, Sportune et Transfermarkt) et Coupe du Monde 2014 (source FIFA). Cette dernière saison de championnat visera à évaluer la fameuse question du coût, alors que la Coupe du Monde permettra d’évaluer les véritables élites de chaque continent sur l’ensemble des autres critères (physique, etc.) sans biais économique (pas de problème de budget, de masse salariale, etc.).

Stéréotype n°1 : « Le joueur africain ne coûte pas cher » ? VRAI

Qu’est-ce que Sagnol voulait dire ? Par « pas cher » il entendait le fait que les indemnités de transfert, de signature et les salaires étaient moins élevés à l’heure de signer un joueur africain plutôt qu’un joueur sud-américain ou européen.

Pourquoi est-ce vrai ? Pour deux raisons majeures : les joueurs africains ne sont pas les meilleurs et les mieux formés (cf. résultats internationaux) et ils sont peu demandés car il n’existe pas de championnats africains de haut-niveau (tout particulièrement en Afrique subsaharienne). Résultat, lorsque la « marchandise » est de qualité moyenne et peu prisée sur son marché intérieur, son prix baisse. La loi de l’offre et de la demande est impitoyable malgré le fait que l’on parle ici d’hommes et non de produits. Pourquoi parler de marchandise ? Parce qu’il s’agit aujourd’hui de la manière dont est considéré tout joueur de football, affublé qu’il est d’une valeur marchande et de contrats précaires permettant aux employeurs de les acheter et vendre à leur gré. Déplore t-on cet état de fait ? Evidemment ! On y reviendra à notre manière dans notre conclusion.

Pourquoi le joueur africain serait-t-il moins cher que le nord-américain, l’asiatique ou encore l’océanien alors même qu’il est généralement plus performant ? Parce que le continent africain ne possède pas de championnat économiquement fort, contrairement à l’Asie (Chine, Japon et Inde à présent), à l’Amérique du Nord (USA) et à l’Océanie (Australie). Ces championnats ne sont pas forcément meilleurs que celui de Tunisie ou encore d’Egypte, mais économiquement ils sont beaucoup plus attractifs (cf. les européens allant y finir leur carrière avec des ponts d’or en guise de contrat). L’avantage étant principalement de permettre aux joueurs locaux, pas à mêmes de percer dans les grands championnats européens, de rester chez eux, créant ainsi un cercle vertueux de développement du football dans ces pays initialement très en retard sur l’Afrique, mais en passe de le combler. Pour les plus sceptiques, on vous invite à lire l’interview dans Jeune Afrique (27 avril 2011) de Claude Le Roy, que l’on ne présente plus , dans laquelle il nous explique qu’il faut « une vraie professionnalisation du football, et surtout en Afrique noire. […] Je milite pour que les clubs d’Afrique subsaharienne s’engage dans cette voie, afin d’offrir des perspectives d’avenir aux joueurs, en les incitant à rester chez eux et en leur garantissant des salaires convenables, avant, peut-être de s’expatrier. Combien de joueurs africains évoluent en Albanie, en Moldavie ou dans des pays asiatiques et touchent des salaires de misère, quand ils les touchent ? Pour retenir ces joueurs, il conviendrait d’améliorer les structures d’entraînement, les stades, etc… Cela peut sembler démesuré, mais je pense que c’est réalisable… »

Dans ce cas, quelle est la place des joueurs africains en Ligue 1 ?  De prime abord, les joueurs africains, tout particulièrement originaires d’Afrique Subsaharienne (Côte d’Ivoire, Mali et Sénégal en tête) se taillent la part du lion dans les contingents de la Ligue 1 puisqu’ils représentent 21% des joueurs ayant joué l’an passé. Sur 603 joueurs, il y 244 étrangers (40% du total) dont la moitié viennent d’Afrique (7 d’Afrique du Nord et 119 d’Afrique Subsaharienne). Incontestablement notre championnat est articulé autour de la formation française, essentiellement renforcé par de bons joueurs africains… Et ce de manière croissante depuis l’Arrêt Bosman (1995), d’après l’économiste Wladimir Andreff (<10% de 1955 à 1995, 18% en 1998 et 21% aujourd’hui).

Certes, mais tous les clubs recourent-ils également à cette filière ? Connaissant la composition du PSG et l’absence de joueurs africains (on reprécise bien que l’on parle uniquement des joueurs étrangers nés et essentiellement formés en Afrique, tous les autres sont aussi français que le blond aux yeux bleus que je suis, binationaux ou pas) en son sein, on s’est posé cette question. Pour y répondre, nous avons classifiés les clubs suivant leur budget et la valeur marchande de leurs effectifs tel que présenté dans ce tableau : Classification éco clubs

On vous laisse simplement constater que cette classification économique ressemble fortement au classement final du championnat. A titre indicatif, sur la saison étudiée, l’écart moyen de classement entre la version économique ci-dessus et le classement sportif est de +/-3 places ; en clair, aucun club des trois premiers groupes ne craint la descente et aucun des deux derniers ne peut espérer le podium.

Suivant cette classification économique, on a pu établir une photographie précise de l’effectif type d’un club pour chacune de ces catégories, dont voici le résultat : Effectif type par nation

Le constat est simple, hormis le PSG en CAT. 1 qui est exclusivement tourné vers les très grands championnats question recrutement, toutes les autres catégories ont peu ou prou 60% de joueurs français dans leurs effectifs et une majorité de joueurs africains en complément… Hormis la CAT. 2 pour laquelle les africains sont légèrement sous-représentés (18% au lieu de 21% toutes catégories confondues). Les ambitions et les moyens financiers des qataris du PSG impliquant une politique de recrutement radicalement différente, on ne peut tirer de conclusion majeure à ce stade concernant les 19 autres clubs.

Tous les clubs, hors PSG, recrutent en Afrique, mais quel est le niveau des joueurs en question ? A partir du moment où la répartition de ces étrangers est sensiblement la même entre les cadors et les petits poucets, il convient de se pencher sur le niveau réel de ces joueurs. On a donc commencé par identifier la composition des effectifs moyens entre : Internationaux A et Espoirs, joueurs confirmés de +23 ans et jeunes joueurs de -23 ans. Effectif type par niveau

On s’aperçoit ici que plus le niveau économique du club est important plus il possède de joueurs internationaux. A l’inverse, les plus petits clubs compensent par le recrutement de joueurs confirmés (+23 ans) afin d’arriver à la proportion identique de 20 joueurs expérimentés sur 30 joueurs sous contrat en moyenne. Concernant les joueurs de -23 ans, le phénomène est sensiblement le même (hors PSG), les Espoirs chez les « gros » et les jeunes du club chez les « petits ». Sauf que cela ne nous dit pas d’où proviennent ces joueurs (géographiquement), c’est ce que nous allons voir à présent.Provenance des internationaux

Provenance des espoirs

Comme nous le disions précédemment, le nombre d’internationaux diminue avec le niveau des clubs et par-dessus le marché (si l’on ose dire), le recours aux internationaux africains est de plus en plus prégnant à mesure que le niveau diminue (34% des internationaux sont africains en CAT. 2 et 58% en CAT. 5). Concernant les espoirs, le phénomène est à peine moins marqué (aucun africain en CAT. 1 et 2 pour finir à 25% d’espoirs africains en CAT. 5). Avec ce niveau d’analyse on commence à dégager clairement un lien entre la puissance économique des clubs et le recours au recrutement en Afrique. Mais ce que ces statistiques ne nous disent pas, c’est quelle est la place de ces joueurs dans chacun des effectifs. En d’autres termes, sont-ils des joueurs majeurs ou des remplaçants ? Pour ce faire nous avons étudié les temps de jeu de l’ensemble des joueurs de L1 afin de dégager une équipe type par catégorie de clubs, tout en tenant compte de leur nationalité afin de les classer par nation de groupe de niveau (ex : international brésilien ou haïtien n’est pas la même chose sportivement et économiquement), comme suit :Classement nationsA présent passons à la présentation de l’équipe type de chacun des groupes de niveau, le résultat est édifiant…Equipe type cat1Equipe type cat2Equipe type cat3Equipe type cat4Equipe type cat5

Que doit-on retirer de ces équipes types? Au top niveau, on s’appuie exclusivement sur des internationaux en activité des top nations (Argentine, Brésil, Italie et France pour le PSG). Chez les poursuivants (CAT. 2), l’équipe type est constitué exclusivement d’internationaux français en activité complétés par quelques internationaux de bons niveaux, notamment des top nations d’Afrique (Côte d’Ivoire, Ghana, etc.) ainsi que par quelques espoirs. En CAT. 3, les clubs s’appuient sur une ossature de joueurs français confirmés mais non internationaux auxquels se greffent 3 internationaux africains de bons niveaux et des internationaux européens et sud-américains provenant de pays secondaires (Venezuela, Danemark, Suisse, etc.). En catégorie 4, la composition de l’équipe type est similaire à la CAT. 3, la principale différence réside dans la jeunesse de celle-ci, plusieurs internationaux espoirs français y étant titulaires. Pour finir, la CAT. 5 s’articule autour d’un large noyau de joueurs français expérimentés complétés essentiellement par des internationaux africains de seconde zone (Sénégal, Mali, Guinée notamment).

Qu’en conclure? Tout simplement que le championnat de France a fait de l’Afrique (Subsaharienne et francophone en particulier) son premier vivier de recrutement après le territoire français. Tendance d’autant plus forte que les clubs sont économiquement faibles, confirmant de manière incontestable (et déplorable) le côté « low-cost » du joueur africain, tel que Willy Sagnol a pu le dire.

Stéréotype n°2 : « Le joueur africain est plus physique » ? POSSIBLE

Qu’est-ce que Sagnol voulait dire ?  Qu’en moyenne et la plupart du temps les joueurs africains sont plus costauds, plus puissants, que les autres.

Pourquoi est-ce probablement vrai ? Parce que d’après le Larousse, le terme de « physique » au sens sportif « Se dit d’un joueur dont les qualités athlétiques sont supérieures aux qualités techniques. » On verra que tel est le cas (en moyenne) pour les joueurs africains ayant participé à cette dernière Coupe du Monde. Par ailleurs, on reprécise que Sagnol n’a pas parlé de condition physique mais bien de physique. En effet, si tel avait été le cas, cela impliquerait de tenir compte du fait que le football est un sport à caractère acyclique (ou intermittent) constitué d’une multitude de types d’efforts (courses lentes, sprints, sauts, etc.) requérant des aptitudes physiques multiples (endurance, force, vitesse et coordination). Pour finir, on précise que le terme « athlétique » du Larousse se comprend au sens édicté par Ernst Kretschmer dans ses travaux sur les morphotypes, soit « une personne caractérisée par une forte ossature et une vigoureuse musculature. » (source : CNRTL) A savoir que ce psychiatre allemand a effectué ces recherches afin d’établir une théorie du génie humain, pour laquelle il finit par penser qu’elle passerait par le mélange des ethnies et des classes… Ce en pleine Allemagne Nazie ! Comme quoi vouloir étudier nos différences pour s’en enrichir (humainement parlant), sans arrière pensée raciste, est possible.

Si tel est le cas, quels chiffres le prouvent ? Afin de déterminer en quoi le joueur africain pourrait être qualifié de plus physique, nous nous sommes intéressés à trois critères aisément mesurables, la taille, la masse (communément le poids) et l’IMC (Indice de Masse Corporelle que les adeptes des régimes connaisse bien). L’étude porte sur les 732 joueurs de la Coupe du Monde, classés par Confédérations (UEFA, CAF, etc.). La raison de cette classification est simple, Sagnol parle des africains dans leur globalité, on doit donc les étudier comme tel. Il en va de même pour les autres confédérations.

Concernant la taille des joueurs, le résultat n’est pas frappant, on vous laisse le découvrir :Taille moyenne

Que constate t-on ? Qu’hormis au milieu de terrain, les joueurs africains ne sont pas les plus grands. Plus globalement, entre les « petits » sud-américains et les « grands » européens, l’écart de taille est de 1,5%, soit un écart limité. A titre d’information, le Japon a la sélection la plus petite avec 1m77 (en Afrique, le Ghana avec 1m80) et l’Allemagne la plus grande avec 1m85 de moyenne (en Afrique, le Nigeria avec 1m83).

Passons à présent à l’étude du poids moyen des sélections, les résultats y sont plus indicatifs.Poids moyenQue constate t-on ? Hormis les goals africains qui sont souvent de « petits gabarits » comparés aux autres confédérations, sur les autres postes et en particulier en défense et au milieu, les joueurs africains sont plus lourds, voire beaucoup plus lourds, que leurs adversaires. En défense ils sont 3,5% plus lourds que les asiatiques et au milieu 5,4% plus lourds que les nord-américains ! Quand on sait que l’on a affaire à des sportifs de très haut niveau dans chacun de ces pays, c’est un écart significatif. En moyenne, le joueur africain est plus lourd que le nord-américain de 3,5%. La sélection la plus lourde est d’ailleurs celle de Côte d’Ivoire avec 78,4 kg et la plus légère toujours celle des japonais avec 69,4 kg.

Certes l’écart de poids est significatif, mais que nous dit-il ? Afin d’apporter une première réponse nous avons établi l’IMC moyenne (IMC=taille/poids²) des sélections, afin de voir s’il existait de véritables différences dans les morphotypes présents au Brésil.IMC moyenneQue constate t-on ? Comme pour le poids, ce sont les joueurs africains qui ont l’IMC moyenne la plus importante. Dans sa réponse, Sagnol comparait africains et européens, on va donc s’attarder sur ces deux groupes, en remarquant que l’IMC des africains est supérieure de 2,2% à celle des européens. Cela vous parait probablement peu, tout comme nous au moment où nous avons trouvé ces résultats. C’est pourquoi on vous propose une simulation de ce que serait la taille des joueurs de chaque confédération à IMC constant, basé sur l’indice européen. En clair les joueurs plus lourds que les européens vont devoir grandir afin d’être aussi élancés (même si de taille différente) que ces derniers ; et vice-versa pour les joueurs plus légers.Taille moy pondéréeComme nous vous le disions, les joueurs européens ont servi de base de calcul, donc leur taille pondérée reste identique. Que remarquez-vous? Que les joueurs africains doivent grandir de 2 cm de moyenne pour avoir équilibre poids/taille identique aux européens ! Voilà empiriquement ce que représentent les fameux 2,2% d’IMC d’écart.

Mais que mesure réellement l’IMC ? Cet indice est souvent utilisé avant de faire un régime pour déterminer le nombre de kilos à perdre afin de retrouver son poids (masse) de forme. Sa limite est simple, il ne prend en compte ni la masse musculaire, ni la masse osseuse. Il est donc assez peu utilisé dans le cas d’athlètes de haut niveau qui sont souvent « alourdis » par leur masse musculaire importante, faisant alors grimper cet indice sans prise de mauvais poids (graisse).

Dans ce cas utiliser l’IMC a t-il un intérêt ? Malgré le fait que l’on étudie des athlètes de haut-niveau, ça permet malgré tout d’en tirer plusieurs enseignements. Tout d’abord cela montre que les athlètes en présence n’ont pas tous le même morphotype (certains sont plus élancés, plus costauds, etc.). Ensuite, dans le cas des joueurs africains et européens, quasiment tous évoluent en Europe dans des championnats professionnels de haut-niveau, ils subissent donc des préparations physiques identiques permettant d’estimer que leur affutage moyen (taux de masse grasse) doit être identique. Dès lors, il est possible d’estimer que cette différence d’IMC s’explique essentiellement par des variations de masse osseuse et/ou musculaire. Tendance que de nombreuses études confirment, dont une qui a particulièrement retenu notre attention car menée suivant des méthodes empiriques et démontrant qu’en moyenne les sujets noirs présentaient une densité osseuse et éventuellement musculaire supérieure aux sujets blancs. Pour ceux que cela intéresse vous pouvez retrouver cette étude ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/cacochyme/090313/pourquoi-les-noirs-ne-sont-pas-champions-de-natation).

Admettons, mais cela suffit-il à prouver que les joueurs africains sont plus physiques ? Leur masse plus importante est un avantage dans les duels puisque leur énergie cinétique à l’impact augmentera d’autant plus qu’ils sont rapides (Ec = masse x vitesse²). Imaginez un duel Pogba/Valbuena et vous comprendrez l’enjeu que cette donnée constitue. Pour autant, le foot, contrairement au rugby, est plus un sport d’évitement que de collision, ce paramètre n’est donc pas le plus important. Intervient donc à présent la sacro-sainte notion de puissance et le rôle de la masse dans celle-ci. Sachez qu’elle ne joue aucun rôle dans la puissance développée car cette dernière est liée à la force et la vitesse (P = vitesse x force). Il faudrait donc que leur IMM (Indice de Masse Musculaire dont découle la force) et/ou leur vitesse soient plus importants que les autres, ce qui n’est pas démontrable sur cet échantillon de joueurs, avec les données à notre disposition et ne l’ait pas plus à l’échelle des populations (de nombreuses études s’opposent sur ce sujet délicat). Pour conclure, on peut donc donner raison à Sagnol sur le fait que ces joueurs seront forts au duel, notamment au milieu de terrain où leur avantage est maximal, de part leur gabarits supérieurs à la moyenne. Pour le reste, au regard des données et du recul que l’on peut avoir sur les sportifs de haut-niveau (en sprint notamment), on peut penser qu’il a raison, mais ne pouvons l’affirmer.

Stéréotype n°3 : « Le joueur africain est moins technique » ? VRAI

Qu’est-ce qui permet de l’affirmer ? Nombre de statistiques techniques montrent sans ambiguïté que les nation africaines présentes au Mondial se sont montrées moins performantes que les européennes.Passes réussis

Centres réussis

Avant toute chose il s’agit de remarquer que ces statistiques à caractère technique concernent tous les postes (dégagements/gardiens, tacles/milieux&défenseurs, tirs/milieux&attaquants, passes&centres/tous postes) et sont centrales dans la performance offensive et défensive d’une équipe.

Quels résultats remarquables en ressortent ? Hormis les dégagements des gardiens sur lesquels les nations africaines ont été les plus performantes, elles sont en retrait sur les autres statistiques, en particulier face à l’Europe. Notons notamment les 5,5% d’écart de réussite à la passe ou encore les 5,1% d’écart au tacle. Difficile, au regard de ces résultats, de nier le différentiel Europe/Afrique au niveau technique.

Stéréotype n°4: « Le joueur africain est moins intelligent tactiquement » ? NON DEMONTRE

Pourquoi est-ce si flou ? Parce que les rares données relevant de questions tactiques et disponibles pour cette Coupe du Monde se contredisent.

Malgré tout, peut-on étayer des hypothèses ? Premièrement, comme dit au début de l’article, la formation en Afrique est déficiente et manque de moyens, en particulier si on la compare aux européens. Hors la maitrise tactique individuelle et collective de ce sport nécessite du temps, du savoir-faire, des moyens et de la stabilité, toutes ces choses qui manquent en Afrique. De plus, leur absence de championnats nationaux compétitifs les empêche de construire leurs équipes nationales autour d’un noyau de joueurs évoluant ensemble à l’année (Allemagne/Bayern Munich, Espagne/Barcelone, etc.), ce qui ne facilite pas la mise en place tactique au niveau collectif. Si on s’arrêtait là, la tentation serait d’en conclure qu’ils ne peuvent qu’avoir des déficiences sur ce point. Pour autant, les rares statistiques que nous possédions tendent à minimiser cette tendance.Ballons récup Hors jeu

En matière de ballons récupérés, seule la zone CONCACAF est en retrait. Quand on sait que la majorité de ces ballons le sont au milieu de terrain (à +/-40m de leur but), on peut se demander si leurs « poids plumes » au milieu de terrain ne constitue pas un désavantage. Toujours est-il que sur ce point les joueurs africains ne sont pas en retrait par rapport aux européens. Tendance identique pour ce qui est des hors-jeu offensifs, là aussi Afrique et Europe sont ex-aequo, avec près de 3 hors-jeu par match sifflés contre leurs attaquants. Est-ce à dire que le fait qu’ils évoluent presque tous en Europe dès leur adolescence généralement, leur permet de combler leurs éventuelles lacunes sur cet aspect, il n’y a qu’un pas que l’on est tenté de franchir. Pour autant, une conclusion définitive nécessiterait d’étudier un échantillon de matchs plus important que les 64 de la Coupe du Monde et d’élargir l’étude à d’autres situations de jeu (gestion des coups de pied arrêtés, taux de réussite sur les mises hors jeu des attaquants adverses, etc.).

Qu’en conclure ? Que si nous ne sommes pas tous égaux face à ce que dame nature nous offre physiquement, la maitrise tactique de ce sport est parfaitement accessible à tous joueur de haut-niveau efficacement formé, par-delà ses origines.

Stéréotype n°5 : « Le joueur africain est moins discipliné » ? VRAI

Quelle différence entre discipline et tactique ? Notre analyse de la discipline des joueurs s’en tient au respect ou non des lois du jeu, entrainant des fautes et des cartons. Le reste des aspects du jeu à caractère disciplinaire (qualité du marquage, alignement défensif, etc.) relève à nos yeux de l’intelligence tactique.

Quels résultats en ressortent ? Voici les statistiques concernant la discipline des équipes.Fautes et cartonsGlobalement le nombre de fautes sifflées par les arbitres est similaire d’une zone à l’autre. En revanche, il est intéressant de constater que plus le niveau sportif d’une confédération est élevé, moins elle reçoit de cartons jaunes proportionnellement au nombre de fautes sifflées. En effet, l’Afrique, 3e continent en football est le 3e moins sanctionné avec 1 carton toutes les 9,8 fautes quand l’Europe n’en reçoit qu’un toutes les 12,5 fautes, signe que ces équipes utilisent plus la faute comme une arme tactique qu’un dernier recours. Sur ce point, le résultat est donc incontestable.

Tout se termine par une plainte… Ses propos n’auraient-ils pas pu être exploités à meilleur escient ?

Tel que vous avez pu le lire tout au long de cette enquête, globalement Willy Sagnol dit vrai, notamment sur les points qui lui ont été les plus lourdement reprochés (coût et physique des joueurs africains), quand bien même ses propos furent maladroits.

Pour VDBT, la véritable question autour de ce débat concerne l’esclavage moderne des gamins africains mis en place par le football européen depuis plus de 20 ans ! En effet, les exemples de mineurs arrachés à leur famille par des prétendus recruteurs leur promettant les plus grands centres de formation, avant de finalement les lâcher dans la nature une fois leur commission touchée, sont légion. Des propositions intelligentes pour aider le foot africain à se développer existent, on pense notamment à la taxe Coubertobin de Wladimir Andreff, mais rien ne change… Où sont les associations antiracistes dans ces véritables combats ? Pourquoi ne se sont-elles pas emparées des propos de Willy Sagnol pour en remettre une couche sur cette nouvelle forme d’esclavage ? Pourquoi cautionner cette course à l’uniformisation et à l’égalitarisme prônée par nos élites populistes ? On leur pose la question tout en espérant qu’ils reprennent leurs esprits dans l’affaire Sagnol.

C’est dans ces moments de faiblesse morale et intellectuelle que l’on regrette nos grands hommes…

L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde. (Nelson Mandela)

Voilà le chemin à suivre !

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