Interview de Dorian Martinez, CEO de SPORT Protect : Le dopage

Suite à notre article « Le dopage: des erreurs à ne pas commettre » qui, nous l’espérons, vous a informé sur les différents enjeux sportifs liés au dopage et les moyens de prévention existant, nous tenions à donner la parole à une personne directement concernée par ces questions d’actualité.

Ci-dessous, l’interview de Dorian Martinez, fondateur et Président de SPORT Protect, jeune entreprise Innovante qui confectionne des outils pratiques de protection antidopage. Basée à Montpellier.

 

Dorian, pour les personnes n’ayant pas lu l’article « Le dopage: des erreurs à ne pas commettre » peux tu nous dire ce qu’est pour toi une substance interdite ?

Une substance interdite est une substance qui figure dans la liste des interdictions de l’Agence Mondiale Antidopage et qui se trouve également dans un décret publié chaque année en France. Certaines substances ne sont interdites que dans certains sports comme l’alcool et les bêta-bloquants. D’autres substances sont interdites seulement en compétition. Cette liste est mise à jour chaque année et comporte des substances « sous surveillance » qui ne sont pas considérées comme dopantes mais qui, un jour, pourraient le devenir.

 

Est-il facile de se procurer ces substances interdites de nos jours ?

Quand on veut tricher, se procurer des substances interdites est en effet facile notamment grâce à internet.
Il existe des milliers de sites qui vendent des substances interdites comme, par exemple, des anabolisants pour prendre de la masse musculaire.

 

Selon toi, quels sont les produits les plus connus qui ne devraient pas être commercialisés ?

Il est difficile de répondre à cette question car il existe beaucoup de médicaments qui contiennent des substances interdites.

Ils ont été conçus pour traiter des pathologies précises, et, certains tricheurs n’hésitent pas à les détourner de leur usage thérapeutique pour se doper.

Ce n’est bien évidemment pas une raison pour les proscrire. Ensuite, il y a tous les compléments alimentaires qui eux sont vendus aux sportifs et qui, pour certains, contiennent des substances interdites. Dans ce cas de figure, il faudrait les retirer du marché.

 

Les équipes médicales des équipes professionnelles sont-elles forcément au courant des différentes substances données aux sportifs ? S’agit-il de mauvaise foi ou alors d’un simple manque d’information lorsqu’un produit contenant une substance interdite est donné aux sportifs ?

Les staffs médicaux ne sont pas toujours au courant du contenu exact des produits qu’ils peuvent donner aux sportifs. Notre porte drapeau Laura Flessel en a fait la douloureuse expérience puisqu’elle a été suspendue pour dopage alors qu’elle avait consommé du Coramine Glucose donné par son propre kiné. Il existe de nombreux médicaments d’usage courant qui peuvent positiver un contrôle antidopage et chaque mois de nouvelles références sont mises sur le marché. En ce qui concerne les compléments alimentaires, les risques sont encore plus importants car les études montrent que près de 25% d’entre eux peuvent contenir une substance interdite non mentionnée sur l’emballage. Il convient donc d’être très prudent et de décoder cette législation pour ne pas commettre d’erreurs. C’est là tout l’intérêt de nos applications SPORT Protect qui permettent de connaître très facilement le statut d’un produit au regard de la législation antidopage.

 

Richard Gasquet, tennisman français, est tombé pour dopage après avoir pris de la cocaïne. Ne penses-tu pas que ce cas là est lié à l’autorisation de prendre cette substance à l’entrainement ? Peux tu nous en dire plus à propos de cette autorisation un peu spéciale ?

Pour être plus précis, la cocaïne est une substance qui est classée dans la catégorie des stimulants et qui n’est recherchée qu’en compétition.

On ne peut donc pas dire qu’elle soit autorisée à l’entraînement mais il est vrai que certains sportifs ont interprété la législation en ce sens. Notamment dans les périodes de repos où ils se disent qu’ils peuvent en prendre sans soucis…

 

Comment expliques-tu que Lance Armstrong soit en danger aujourd’hui alors que pendant 7 années consécutives il gagne le Tour de France et n’a jamais été contrôlé positif ?

Cette affaire, comme tant d’autres, démontre que les contrôles antidopage sont beaucoup moins efficaces que les contrôles de police ou des douanes.

Il faut donc rappeler certaines vérités : la plupart des dopés ne sont jamais contrôlés positifs et la plupart des contrôlés positifs n’ont pas eu l’intention de se doper…

Les premiers contournent la législation antidopage qu’ils connaissent ou que leurs « conseils médicaux » connaissent sur le bout des doigts ; et donc, ils se font rarement prendre. Les seconds, généralement d’un niveau plus faible, méconnaissent cette législation et se font prendre pour des médicaments d’usage courant (actifed, solupred, par exemple), du cannabis ou des compléments alimentaires contaminés. Le statut des produits n’étant pas indiqué sur l’emballage des produits pouvantt contenir des substances interdites…

En ce qui concerne Lance Armstrong, les analyses rétroactives de six échantillons prélevés lors du Tour de France 1999 ont montré qu‘il était positif à l’Epo les six fois !
Le problème c’est qu’en 1999 l’Epo était interdite mais on ne savait pas encore la détecter… Pour terminer sur son cas, je dirai qu’il a également fallu attendre le réveil des américains qui ont longtemps été à la traîne en matière de répression du dopage. Aujourd’hui, ils semblent beaucoup moins complaisants avec leurs athlètes. Nous verrons bien comment cela va se terminer mais c’est effectivement toujours dommageable que ces affaires éclatent si tard.

 

Au vu des déclarations de Floyd Landis (prise de testostérone avec Lance etc…) était-il protégé (trop important pour l’image du tour ? pour les sponsors ? etc…) ? Ces substances sont décelées depuis bien longtemps comment se fait-il qu’il n’ai jamais été inquiété ?

Difficile de répondre à cette question mais, au-delà d’éventuelles protections, il faut savoir que les tricheurs sont experts pour contourner les contrôles antidopage. Certaines substances ne sont pas détectables, d’autres le sont mais peuvent être « admises » avec un certificat de complaisance.

 

Selon toi, le futur gagnant du tour de France est-il dopé ? Que penses-tu de l’équipe Sky présente sur le Tour qui commence à faire parler d’elle ?

Par principe, je n’aime pas jeter de suspicion sans preuve et pour chaque performance. Ce qui est terrible pour un sport, c’est quand la performance est automatiquement associée à des soupçons de dopage… Alors que le principe même du sport consiste justement à réaliser des performances (ce qui veut dire étymologiquement : traverser les formes, faire ce qui n’a jamais été réalisé). En même temps, quand on voit à quel point le « maillot jaune » a été impliqué dans des affaires de dopage ces 12 dernières années, la méfiance à l’égard de cette « couleur » devient malheureusement compréhensible. Rappelons que c’est la couleur des cocus ; peut être que les organisateurs devraient songer à la changer…

 

Merci beaucoup à Dorian Martinez, fondateur et Président de SPORT Protect.

Plus d’information sur son site internet : http://www.dopage.com/

Vous pouvez aussi suivre son compte twitter : @Antidopage

Et n’oubliez pas de nous suivre via notre compte @VDBT_fr

 

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